Studios américains recrutent cinéastes français

Carlo Vogele, sorti des Gobelins en juin dernier, a aussitôt été embauché en CDI
par Pixar, à San Francisco, pour travailler sur le prochain Toy Story en 3D.
À l'occasion du rendez-vous mondial du film d'animation d'Annecy, Sony,
DreamWorks, Disney et Pixar recherchent les talents de demain.
À vélo, le long des eaux turquoise du lac, des dizaines d'étudiants en jean-basket-sac
à dos pédalent à toute vitesse. Ils ont rendez-vous avec le rêve américain à
l'Impérial Palace, un grand hôtel devenu, pour le temps du festival, le quartier
général des chasseurs de têtes d'outre-Atlantique. À Annecy, qui est à l'animation
ce que Cannes est au cinéma, les 1 800 étudiants français accrédités ne chôment
pas. Comme les recruteurs reçoivent jusqu'à cent candidats par jour, «c'est à qui
arrivera en premier devant le panneau électronique où défilent les séances de
recrutement», prévient Pierre.
Compétition féroce
À 21 ans, ce grand blond rêve de s'installer en Californie. «L'animation est un métier
international, et passer par un studio américain, c'est génial. Les projets et le cadre
de travail y sont extraordinaires. Le salaire de base est de 50 000-100 000 euros par
an, contre 24 000-30 000 en France. Sans compter que, là-bas, nous signons des
contrats à durée indéterminée, nous ne sommes pas des intermittents du spectacle
comme en France», ajoute-t-il. Comme ses amis, Pierre s'est donc inscrit à la fois
chez Sony (Les Rois de la glisse) et Disney (Volt), qui reçoivent ce matin, à la
Brasserie, et chez Pixar (Ratatouille), au cinquième étage au salon Ravel, en plein
cœur de la ville.
Avec un record de 40 films d'animation en préparation à Hollywood, la compétition
entre les Américains est féroce. «Vos écoles comme les Gobelins, Supinfocom à
Valenciennes et Esma de Montpellier sont parmi les meilleures du monde» , confie
Shelley Page, qui recrute chaque année un minimum de cinq Français pour DreamWorks.
À ses côtés, le réalisateur Conrad Vernon, venu en compétition pour Monstres & Aliens,
acquiesce et explique qu'à Los Angeles «la french touch bat son plein. De Shrek à Kung
Fu Panda, vous verrez des Français à tous les géné riques. Leur humour et leur style sont
uniques.» (Voir nos éditions du 31 janvier.)
Pixar a misé sur le karaoké. Mercredi, le réalisateur Pete Sohn est au micro pour vendre
la culture d'entreprise sur le thème «chez Pixar, on est tous buddies (copains)».
Casquette sur la tête, il imite avec un talent certain les voix des personnages et le
bruitage de Ratatouille, tandis que ses dessins en noir et blanc défilent à l'écran. La salle
se tord de rire. Puis c'est au tour de Carlo Vogele. Sorti des Gobelins, en juin dernier, et
aussitôt embauché en CDI par Pixar, à San Francisco, pour travailler sur le prochain Toy
Story en 3D, ce jeune prodige donne quelques conseils : «Si vous voulez animer des
personnages, envoyez un film original, sans dialogue. Les émotions doivent passer par
le lan gage du corps. C'est ce qui a marché pour moi avec For Sok's Sake (en compétition
à Annecy).»
Devant le stand Sony, qui cherche beaucoup de jeunes, la queue est particulièrement longue.
«Nous recrutons pour deux films, Hôtel Transylvania et Les Schroumpfs, qui seront, comme
Stuart Little, un mix d'images réelles et animées. Ce qui fait beaucoup de postes», confient
Don Lévy et Jana Day. Encourageants et polis, ils remercient chacun d'avoir eu la patience
d'attendre son tour.
Observant la scène derrière la baie vitrée, Shelley Page, de Dreamworks, sourit. «Je suis
la seule basée à Londres et à siéger dans les jurys des écoles françaises. Annecy est un
rendez-vous pour préparer le prochain gros recrutement qui aura lieu à l'automne à Paris.
Quand un projet surgit, je jette ma canne à pêche et je tire», confie-t-elle en joignant le
geste à la parole.
Source : http://www.lefigaro.fr
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